Un adhésif qui fixe solidement les appareils orthodontiques, puis s’affaiblit au moment de les retirer, a été développé. Dans une étude publiée en février 2026 par l’université de Hokkaido, au Japon, et ses partenaires, un adhésif contenant un gel thermosensible a conservé sa résistance à température ambiante tout en s’affaiblissant sous l’effet de la chaleur, lors d’essais consistant à décoller par poussée des dispositifs fixés sur des dents bovines. À 50 °C, la résistance d’adhésion d’une formulation est tombée à moins de la moitié de sa valeur à température ambiante. Ces résultats ne portent pas sur une éventuelle diminution de la douleur lors de la dépose d’appareils chez l’être humain.

Concevoir un adhésif qui colle solidement et se décolle facilement

En orthodontie fixe, de petits dispositifs appelés brackets sont collés à la surface des dents. Pendant le traitement, ils doivent résister aux forces de mastication et aux forces orthodontiques, mais ils doivent tous être retirés une fois le traitement terminé. La méthode habituelle consiste à rompre l’adhésion par une force mécanique pour déposer les dispositifs, ce qui pose le problème de la douleur pendant la dépose et des dommages à la surface des dents.

Si l’adhésif est peu résistant dès le départ, le risque que les dispositifs se décollent pendant le traitement augmente aussi. L’équipe a choisi un matériau dont l’adhésion diminue sous l’effet d’un stimulus précis. La conception réunit ainsi, dans un même adhésif, la capacité à tenir au quotidien et celle à s’affaiblir lors de la dépose.

Le matériau de base est le Super-Bond, une résine adhésive dentaire de Sun Medical. L’équipe y a ajouté un gel qu’elle avait elle-même synthétisé, séché puis broyé, à hauteur de 30 % en masse dans le composant en poudre. Cela ne signifie pas que le Super-Bond commercial se décolle facilement sous l’effet de la chaleur : il s’agit d’une formulation expérimentale enrichie en gel par les chercheurs.

La structure cristalline du gel se défait sous l’effet de la chaleur

Le gel ajouté est obtenu en associant de l’acrylate de stéaryle et de l’acrylate de méthyle. À basse température, les longues chaînes latérales portées par les molécules s’ordonnent en cristaux et limitent le mouvement des chaînes polymères. Au-delà d’une certaine température, ces cristaux se désorganisent, les chaînes deviennent plus mobiles et le gel s’assouplit comme du caoutchouc.

Ce changement influe aussi sur la rigidité de la résine environnante et sur sa capacité à résister à la traction. La couche adhésive résiste moins aux forces appliquées, ce qui réduit la force nécessaire pour retirer le dispositif. Ce mécanisme diffère d’une élimination de l’ensemble de l’adhésif par combustion ou fusion sous l’effet de la chaleur.

Le rapport entre les deux matières premières permet de régler la température à laquelle le gel commence à s’assouplir. Avec un gel synthétisé à parts égales des deux composants, la température de transition était de 37,9 °C. Avec une formulation à trois parts d’acrylate de stéaryle pour une part d’acrylate de méthyle, elle atteignait 41,6 °C. L’équipe a jugé la première formulation inadaptée à l’orthodontie, car sa température de transition était trop proche de celle de la bouche.

Dent fixée sur un support avec un bracket, et schéma circulaire agrandissant les particules de la couche adhésive
Schéma conceptuel simplifié montrant l’incorporation de particules de gel dans la couche adhésive entre le bracket et la dent. Il ne s’agit ni d’une image microscopique réelle ni d’une reproduction de la répartition des particules. Illustration. Image générée par IA

Une résistance d’adhésion différente avant et après chauffage

L’équipe a collé des brackets sur des dents bovines, puis a comparé la force nécessaire pour les décoller par poussée latérale, divisée par la surface de collage. La résistance d’adhésion de la formulation contenant le gel au rapport de 3 pour 1 était de 8,4 MPa à température ambiante et de 3,9 MPa à 50 °C. Autrement dit, à surface de collage identique, la force nécessaire au décollement après chauffage était inférieure à la moitié de celle requise avant chauffage.

La formulation contenant le gel synthétisé à parts égales a elle aussi vu sa résistance diminuer, de 7,1 MPa à 4,7 MPa. Celle du Super-Bond sans gel est passée de 8,0 MPa à 6,0 MPa, sans différence statistiquement significative. À température ambiante, aucune différence significative de résistance d’adhésion n’a non plus été observée entre les deux formulations contenant du gel et la résine d’origine.

Lors des essais, un pistolet à air chaud industriel a porté la zone proche du collage à 50 °C, température maintenue pendant une minute. Il faut prendre en compte à la fois l’effet de la chaleur sur les tissus à l’intérieur de la dent et la possibilité que des aliments chauds affaiblissent la couche adhésive. Les essais ayant été réalisés juste après le collage, le maintien de ces performances après plusieurs années d’exposition à l’eau et aux variations de température n’a pas été vérifié.

L’équipe a également proposé des dispositifs, comme une pince chauffante transmettant la chaleur uniquement au bracket, sans toutefois aller jusqu’à leur conception concrète ou à la fabrication d’un prototype. L’évolution illustrée par ce développement consiste à passer du seul réglage de la résistance d’adhésion à un matériau dont cette résistance varie avec la température. À la capacité de maintenir longtemps les appareils orthodontiques s’ajoute ainsi une réactivité destinée au moment de leur dépose.