Question
On m'a taillé une dent pour poser une prothèse fabriquée en laboratoire, comme un inlay ou une couronne, et j'ai peur que l'obturation provisoire posée en attendant la restauration finale me fasse mal ou se détache. Je voudrais savoir quel rôle joue ce matériau provisoire pendant cette période, et si je peux rester plusieurs jours sans rien faire s'il se détache.
Réponse courte
Le matériau qui obture temporairement la dent (l'obturation provisoire) protège la dentine et le nerf (la pulpe), mis à nu par la taille de la dent, contre les stimulations et les bactéries, tout en conservant l'espace destiné à la restauration finale ainsi que la position des dents voisines et antagonistes. Comme il s'agit d'une restauration temporaire destinée à protéger la dent pendant la fabrication de la prothèse, une étanchéité insuffisante ou le décollement du matériau peut entraîner une sensibilité ou permettre aux bactéries de pénétrer à nouveau. L'absence de douleur après un décollement ne signifie pas qu'il soit sans risque de rester ainsi plusieurs jours : si l'obturation s'est détachée, mieux vaut ne pas attendre et consulter à nouveau le dentiste.
Pourquoi ?
Que protège l'obturation provisoire ?
Les restaurations indirectes comme les inlays ou les couronnes ne sont pas fabriquées directement dans la bouche, mais séparément, en laboratoire. Comme elles sont réalisées avec précision à partir d'une empreinte de la forme de la dent, leur fabrication demande plusieurs jours, même en urgence. Pendant ce délai, on ne peut pas laisser la dent taillée sans protection, c'est pourquoi on pose une obturation provisoire.

Lorsqu'on taille la dent, l'émail qui la recouvrait est retiré et la dentine sous-jacente est mise à nu. La dentine est parcourue de fins canaux (les tubules dentinaires) qui s'ouvrent jusqu'à la pulpe, où se trouve le nerf ; si on la laisse ainsi, elle devient sensible à la température et aux stimulations, et les bactéries peuvent y pénétrer facilement. L'obturation provisoire recouvre ces canaux pour protéger la dentine et la pulpe des stimulations et de l'invasion bactérienne, tout en préservant la santé de la gencive (le parodonte) et la position des dents voisines et antagonistes. Elle a aussi pour but d'éviter que la surface de la dent taillée reste continuellement exposée à la salive.
Le collage de l'obturation provisoire diffère de celui de la restauration finale
L'obturation provisoire est réalisée soit directement en bouche avec une résine autopolymérisable (un matériau plastique qui durcit à température ambiante), soit préfabriquée sur un modèle en plâtre puis mise en place, avant d'être scellée avec un ciment provisoire. Le collage de la restauration finale, en revanche, consiste à traiter séparément la surface de la dent et celle de la restauration pour obtenir une adhésion précise (pour les restaurations en céramique ou en résine), ou, pour un matériau sans adhésion comme un inlay en or, à donner dès la taille de la dent une forme qui permette une rétention mécanique de la restauration.
Cette différence de mode de collage explique pourquoi l'obturation provisoire n'est pas conçue pour tenir longtemps : elle est destinée à maintenir la dent uniquement pendant la durée de fabrication. Sous l'effet répété de la mastication, elle peut se détacher plus tôt que prévu, ce qui relève davantage de sa nature même que d'un défaut du matériau.
Pourquoi une sensibilité apparaît-elle en cas d'étanchéité insuffisante ?
Les canaux de la dentine (les tubules dentinaires) mis à nu par la taille de la dent sont remplis de liquide. Lorsqu'un stimulus tel qu'un changement de température ou une différence de pression osmotique survient, ce liquide se déplace rapidement à l'intérieur des tubules, et ce mouvement stimule les terminaisons nerveuses situées du côté de la pulpe, provoquant une sensation de sensibilité ou de douleur. C'est ce qu'on appelle la théorie hydrodynamique.
Si l'obturation provisoire ne soutient pas suffisamment la surface taillée de la dent, ou si ses bords (la marge) ne sont pas parfaitement étanches, un effet de pompage sur les cellules du côté dentinaire et des variations de pression osmotique peuvent survenir, entraînant une hypersensibilité pulpaire, voire une nécrose de la pulpe. Cela signifie que ce problème peut apparaître même si l'obturation provisoire est en place, dès lors qu'elle n'est pas parfaitement ajustée : si elle bouge légèrement en mastiquant ou si la dent devient particulièrement sensible au froid, il se peut que le matériau se soit décollé de son support, et il convient alors de le faire vérifier.

Si l'obturation provisoire s'est délogée
Si l'obturation provisoire se détache, la protection contre les stimulations et les bactéries disparaît immédiatement, ce qui augmente le risque d'infection de la pulpe. Le degré de risque dépend de l'étendue de la dentine taillée et de l'épaisseur de tissu restant jusqu'à la pulpe, si bien que la possibilité de rester ainsi plusieurs jours doit s'évaluer dent par dent. L'absence immédiate de douleur ne signifie pas que la situation soit sans danger : mieux vaut, en cas de décollement, ne pas décider seul d'attendre et prévenir le dentiste pour faire reposer l'obturation ou avancer le contrôle.
Cette explication concerne le cas d'une dent vivante taillée pour un inlay ou une couronne, sans traitement endodontique (traitement de canal) en cours. Si le matériau qui obture la dent se détache pendant un traitement de canal, la situation est différente, car les bactéries peuvent alors accéder directement au canal radiculaire : il est préférable de consulter Peut-on attendre si l'obturation provisoire ou la couronne posée pendant un traitement de canal se détache ? pour ce cas précis.


